Remington Standard 12
Présentation de la machine
La machine date de juin 1929 et a pour numéro de série Z173548.
Elle a été fabriquée dans l'usine Remington d'Ilion, à New York (USA).
Son poids est de 15,3 kg et ses dimensions sont de 37,5 cm en largeur, 38,5 cm en profondeur et 26 cm en hauteur.
Etat général
L'état général de la machine permet d'envisager une restauration avec un bon résultat final aussi bien esthétique que fonctionnel.
Elle est très encrassée, mais à première vue quasiment complète.
Seule la petite manivelle, à l'arrière droite, qui sert à dérouler manuellement le ruban, semble manquer.
Un levier du chariot (à droite) est un peu tordu et le capot arrière est légèrement enfoncé, mais c'est tout à fait rattrapable.
Le caoutchouc du cylindre n'est pas craquelé, ce qui est un bon point, même s'il a certainement durci. Les galets révèleront leur état au démontage.
Présentation du chariot
Le chariot est dans la largeur la plus courante, soit 10 pouces, avec 26 cm hors tout.
La largeur de la bande caoutchoutée du cylindre est de 24,7 cm (9,75 pouces).
La largeur utile de frappe est de 21 cm (début à 2 cm du bord gauche de la bande caoutchoutée et fin à 1,5 cm du bord droit).
Le chariot peut donc accueillir des feuilles jusqu'aux formats US Letter (largeur de 8,5 pouces) ou A4 (largeur de 21 cm).
Le levier de retour chariot est situé sur la gauche, vers le haut. Avant 1927, donc pour le plus grand nombre de ces machines, ce levier était situé à droite, vers le bas.
Présentation du clavier
Le clavier est en version AZERTY, avec 42 touches (84 caractères).On peut remarquer qu'il n'existe pas de touche 0 ni 1, ce qui était courant.
Pour taper 0, il faut utiliser la lettre O majuscule et pour taper 1, la lettre L minuscule.
Cette machine n'est pas équipée de tabulations fixes, ni décimales.
Les tabulations fixes (5 touches de couleur rouge situées au dessus des touches des chiffres) étaient destinées au marché américain, dans la version "secrétariat" de la machine. Les positions fixes correspondaient aux champs (Street, City,... ) des formulaires administratifs. Ces tabulations fixes ont été abandonnées après 1925.
Les tabulations décimales étaient, elles, destinées à la version "comptabilité". Les touches 1, 10, 100, 1000,... étaient elles aussi situées au dessus des touches des chiffres et provoquaient un "décalage" de position pour un alignement des nombres par la droite. Les machines équipées des tabulations décimales avaient souvent un chariot plus large que 10 pouces.
Les différentes vues
Côté gauche,
- Pas de pièce manquante ou très abimée.
- Les deux pieds avec leur patin caoutchouc sont présents.
- La trappe d'accès à la bobine du ruban est également présente et en bon état, ainsi que le bouton du cylindre.
- Des oxydations de surface et des manques de nickel sur le levier de retour chariot.
Côté droite,
- Il manque la petite manivelle pour faire défiler le ruban manuellement.
- Les deux pieds avec leur patin caoutchouc sont présents.
- La trappe d'accès à la bobine du ruban est également présente et en bon état, ainsi que le bouton du cylindre.
- Des oxydations de surface, des manques de nickel et le levier de libération du papier légèrement tordu.
A l'arrière,
- Pas de pièce manquante ou très abimée.
- Les cinq taquets de tabulation sont présents.
- La courroie de traction du chariot est présente et n'est pas cassée.
- Le panneau arrière est légèrement enfoncé, mais pourra être redressé.
En dessous,
- A première vue, pas de pièce manquante, ni abîmée ou tordue.
Démontage
Ces machines sont principalement assemblées par rivets, goupilles et vis à tête fendue.
La fente des têtes de vis est plus fine que nos standards actuels. Il nous faut donc utiliser des tournevis avec lame fine, ou moins large que la tête, pour avoir la bonne épaisseur.
Il est important de nettoyer la fente des têtes de vis avant toute tentative de dévissage, car la lame du tournevis doit aller jusqu'au fond de celle-ci. Il faut également appuyer fermement sur la tête des vis au début du dévissage. Les têtes s'abiment facilement.
Pour se donner toutes les chances de savoir correctement remonter, en utilisant les bonnes vis, et sans pièce en trop, je recommande :
- La prise de nombreuses photos, sous différents angles.
- Un rangement chronologique des petites pièces, dont vis, rondelles, ressorts,... dans des boîtes à casier.
- Un démontage ensemble par ensemble, avec une bonne séparation des pièces de chacun d'eux.
Dépose du chariot
Pour un démontage complet, il est préférable de commencer par le chariot.
En premier lieu, il faut décrocher la courroie de traction de celui-ci.
Pour ce, comme indiqué sur les photos, avec le chariot en position centrée, ouvrir le crochet, retirer l'extrémité de la courroie et accrocher celle-ci sur la vis prévue à cet effet, à l'extrémité du rail arrière de guidage.
Dans la pratique, j'ai dû déposer le rail de guidage arrière du chariot.
J'ai donc accroché la courroie de traction du chariot au châssis avec un morceau de fil de fer suffisamment rigide.
Pour libérer le chariot, il faut à minima suffisamment desserrer les fixations du rail de guidage arrière, voire le déposer, ce que j'ai fait.
Pour accéder aux vis de fixation, il faut déposer les plaques latérales et le panneau arrière en tôle. Les plaques et le panneau déposés, au moins dans un premier temps, la remise des vis en place sur le châssis permet d'être sur de ne pas les perdre et de ne pas les permuter avec d'autres.
Les vis sur les pattes que l'on pourrait croire de fixation du rail ne sont que des vis de butée pour le réglage de la position. Ne pas retirer ces vis, mais celles situées à l'intérieur du châssis, sous le rail.
Les deux vis de fixation du rail étant retirées, il suffit de soulever l'arrière du chariot pour le dégager et le déposer.
Vue avant du chariot déposé :
Vue arrière :
Le rail de guidage arrière avec son palier à roulettes :
Le palier avec ses quatre roulettes assure un guidage précis du chariot dans le rail.
Il se déplace astucieusement grâce à une roue dentée entrainée par les trous au fond du rail et à l'identique côté cadre du chariot.
Découverte d'un support d'échappement cassé
Le chariot étant déposé, une bien mauvaise surprise...
Le support d'échappement est cassé.
On voit l'absence de palier du côté de l'engrenage d'entraiment du chariot.
Par chance, la pièce cassée est toujours présente et repose sur le châssis.
Avant de procéder au démontage du chariot, j'ai préféré me rassurer (ou pas) sur la réparabilité du support. Cette pièce est primordiale pour le fonctionnement de la machine.
Démontage complet du chariot
Le chariot est dans l'ensemble plutôt facile à démonter puis remonter.Il pèse assez lourd, car son cadre est en fonte grise.
Sur la photo, avant son démontage, on peut voir le levier de libération du papier qui est tordu. C'est peut-être en lien avec la casse du support d'échappement. Un choc assez important sur le chariot ?
Un galet presse-papier est quand à lui complètement fendu. Le caoutchouc a séché et s'est rétracté.
En premier lieu, déposer la plaque arrière (avec la marque et le logo) pour ne pas risquer de l'abimer. Elle est en suffisamment bon état pour un nettoyage délicat, puis une protection par cire microcristalline.
Dépose du cylindre
Pour déposer le cylindre, retirer les boutons (1) et (2). Pour le bouton (2), la vis se trouve sur le cylindre.
Les deux boutons étant retirés, retirer la rondelle épaisse (3) en la faisant glisser vers le bas à l'aide d'un tournevis plat.
Avec la rondelle retirée, le cylindre a suffisamment de jeu latéral pour être soulevé du côté de la rondelle et sorti du cadre.
Il faut faire attention à la table à papier (4). Elle est fine et fragile. Il ne faut pas la déformer.
Le caoutchouc du cylindre a perdu de la souplesse, mais est en bon état (pas marqué ni craquelé). Je nettoie et entretiens le caoutchouc du cylindre de mes machines à écrire avec du lait de toilette pour bébés.
Dépose de la table à papier et de l'ensemble presse-papier
La table à papier est maintenue en place par les deux petits vis repérées sur la photo.
L'ensemble presse-papier est quand à lui maintenu en place par les deux vis repérées. Une fois sorti de son emplacement, cet ensemble se démonte tout seul (supports latéraux, barres, rouleaux et galets).
Les galets vont devoir être remplacés. Ils sont restés plaqués sur le cylindre sans aucune rotation pendant de longues années et sont très marqués, complètement déformés.
Ces galets sont introuvables en tant que pièces d'origine. Leur remplacement par des morceaux de tube caoutchouc avec les diamètres intérieur et extérieur les plus proches possible ne m'a pas du tout satisfait au niveau esthétique. J'ai donc opté pour une impression 3D en TPU de dureté Shore 95A.
Ci-contre, quatre des huit galets imprimés en TPU 95A avec remplissage à 100%.
Avec ce taux de remplissage, les galets sont un peu plus durs que ceux d'origine, ce qui leur évitera d'être marqués à leur tour.
Pour une surface plus lisse et non brillante, il ont été poncés avec une toile abrasive.
Dimensions des huit galets (six inférieurs et deux supérieurs) :
- 3 galets Ø int 5,5 mm Ø ext 10,0 mm longueur 27,0 mm
- 2 galets Ø int 8,0 mm Ø ext 14,0 mm longueur 25,0 mm
- 1 galet Ø int 8,0 mm Ø ext 14,0 mm longueur 30,0 mm
- 2 galets Ø int 8,0 mm Ø ext 14,0 mm longueur 25,0 mm (galets supérieurs)
Voici les liens d'accès aux fichiers STL des galets pour impression 3D :
Pour la suite du démontage du chariot, je ne vais aborder que les points particuliers que j'ai notés.
Butées hautes et basses du cylindre
Les ensembles vis + contre-écrou situés sur les côtés gauche et droite du cadre du chariot sont des réglages de butée.
Ils permettent de régler la position des caractères minuscules (butées basses) et caractères majuscules (butées hautes) sur la feuille au moment de la frappe.
Ils ne sont pas montés de la même façon en haut et en bas.
Eviter de les retirer, sauf en cas de peinture du cadre, ce que je vais réaliser.
Emplacement des pièces sur axe
Pour certaines pièces pouvant être fixées à différentes positions, comme sur un axe, repérer leur position avant démontage.
Une photo comme celle présentée suffit à ne pas se poser trop de questions pour leur remontage.
Ressort du cliquet d'entrainement du cylindre
Au remontage, le ressort repéré par la flèche doit être positionné comme sur la photo du haut avant mise en place et serrage de l'écrou (2) sur l'axe de rotation du levier.
Ce ressort de flexion plaque le cliquet sur les dents de la roue à rochet (roue à dents asymétriques) qui entraine le cylindre en rotation.
Il est relativement fragile et peut être déformé en cas de mauvais remontage.
Roulement à billes du support du cylindre
Ce roulement sert de point d'appui pour le soulèvement du cylindre provoqué par l'appui sur les touches "Majuscules".
Il contient 9 billes avec un positionnement et un jeu mécanique dépendants des deux portées coniques repérés (1).
Au remontage, après nettoyage et ajout d'un petit peu de graisse épaisse pour roulements sur les billes, visser la portée conique de façon à avoir le moins de jeu possible tout en ayant une rotation libre.
Ensuite, serrer l'écrou (2) de fixation sur la support, puis vérifier si le jeu et la liberté de rotation sont toujours corrects.
Le cylindre et ses axes
Le cylindre est constitué d'un noyau en bois de hêtre, recouvert d'une couche de 3 à 4 mm de caoutchouc. Côté droit du cylindre (à gauche sur la photo), une flasque recevant l'axe court du bouton est vissée dans le noyau en bois.
Côté gauche du cylindre, nous trouvons l'ensemble de cliquet (Cylinder Ratchet Assembly) également vissé dans le noyau en bois. Cet ensemble est composé de la roue à rochet qui tourne ou pas avec le cylindre, par friction, suivant la position des deux fourchettes. En tirant sur l'axe, au bout duquel se trouve le bouton gauche du cylindre, les deux extrémités des fourchettes engagées dans la roue à rochet se rapprochent et n'appuient plus à l'intérieur de celle-ci. Le cylindre est alors en rotation libre.
Un ensemble de pièces nettoyées
Voici un ensemble de pièce du chariot nettoyées (et en partie assemblées) prêtes à être remontées. Pour le nettoyage, j'ai utilisé une brosse à poils en laiton et de l'essence C.
Pour les axes avec de l'oxydation, j'ai frotté (le moins possible) avec de la laine d'acier 0000. Il ne faut pas insister, car ces axes sont en acier nickelé. Leur couche supérieur brillante (très fine) en nickel est fixée sur une sous-couche d'accroche en cuivre. Si la couche de nickel disparait, l'axe prend une couleur cuivre et devient moins lisse et moins glissant. Un axe ne peut être renickelé par électrolyse que dans un atelier spécialisé.
Sur cette machine d'avant 1935, toutes les pièces brillantes (comme le levier de retour chariot) sont en acier nickelé. Il faut donc les nettoyer avec beaucoup de précautions, puis les stabiliser avec de la cire de restauration microcristalline.
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